Alain Ducasse et Joël Robuchon jugent la loi sur le statut d’artisan-cuisinier inapplicable

Les deux chefs coprésidents du Collège culinaire de France dénoncent les modalités d’application de la loi sur la reconnaissance du statut d’artisan-cuisinier.

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"Incompréhensible", "discriminatoire" ; les chefs Joël Robuchon et Alain Ducasse ne manquent pas d’adjectifs pour qualifier le contenu du projet de loi sur la reconnaissance du statut d’artisan-cuisinier. Après l’échec de la loi sur le "fait maison", ils dénoncent avec ironie, dans un article publié dans Le Monde, une "épidémie" qui décimeraient tous les projets de loi sur la restauration. Explications.

Un amendement a été adopté par le Sénat au mois de mars 2015 visant à reconnaître le statut d’artisan-cuisinier. Jusqu’ici, ceux-ci n’avaient juridiquement pas le droit d’utiliser le terme d’artisan, l’activité n’étant pas inscrite au répertoire des métiers. Une décision notamment saluée par l’Umih, qui a déclaré qu’elle était "un succès pour toute la profession".

Mais si cette reconnaissance fait l’unanimité parmi la profession, il n’en va pas de même quant aux modalités de son application. En effet, pour accéder au statut d’artisan-cuisinier, plusieurs conditions sont nécessaires. Les cuisiniers doivent être diplômés d’un niveau CAP/BEP ou d’un CQP cuisinier ou justifier d’une expérience d’au moins 6 ans, ne pas employer plus de 10 personnes, être titulaire du permis de former, ou encore proposer une cuisine élaborée à partir de produits bruts transformés sur place.

Or, pour les deux chefs, cette limitation du statut aux établissements de moins de 10 salariés est une discrimination "absurde". « Pourquoi m’interdit-on d’accéder à ce statut si mon restaurant respecte scrupuleusement tous les critères mais emploie plus de 10 salariés ? On peut faire un travail d’artisan de qualité avec 50 salariés et, au contraire, industrialiser son activité avec seulement deux salariés ! Cette disposition repose sur un arbitraire qui est un véritable contresens », s’insurgent Joël Robuchon et Alain Ducasse dans Le Monde.

Les deux chefs font ainsi le parallèle avec la loi sur le fait maison, soulignant qu’une fois encore une "bonne idée" est « irrémédiablement transformée en un projet de loi aussi incompréhensible qu’inapplicable et, en définitive, contre-productif dans sa mise en œuvre ».

À travers leurs propos, les deux cuisiniers souhaitent que les législateurs permettent aux professionnels qui développent leur activité, et embauchent plus de 10 salariés, d’accéder de la même manière que les petits établissements au statut d’artisan-cuisinier. « Soutenez les énergies positives, laissez aux artisans-cuisiniers la possibilité de grandir, de se développer, d’embaucher et de transmettre leurs valeurs et leurs pratiques au plus grand nombre », concluent-ils.

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